{"id":9688,"date":"2026-02-02T13:47:03","date_gmt":"2026-02-02T13:47:03","guid":{"rendered":"https:\/\/revue-traverse.ch\/?p=9688"},"modified":"2026-02-02T13:54:11","modified_gmt":"2026-02-02T13:54:11","slug":"compte-rendu-de-magali-della-sudda-les-nouvelles-femmes-de-droite-marseille-hors-datteinte-collection-faits-et-idees-2022-280-p","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revue-traverse.ch\/fr\/compte-rendu-de-magali-della-sudda-les-nouvelles-femmes-de-droite-marseille-hors-datteinte-collection-faits-et-idees-2022-280-p\/","title":{"rendered":"Compte rendu de Magali Della Sudda, Les nouvelles femmes de droite, Marseille: Hors d\u2019atteinte, collection \u00abFaits et Id\u00e9es\u00bb, 2022, 280 p."},"content":{"rendered":"\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Audrey Bonvin, in <a href=\"https:\/\/revue-traverse.ch\/wp-admin\/post.php?post=9678&amp;action=edit\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">traverse 2025\/3: Antifeminismen \/ Antif\u00e9minismes<\/a><\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"183\" height=\"300\" src=\"https:\/\/revue-traverse.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/titel_les-nouvelles-femmes-de-droite-600x983-1-183x300.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9679\" srcset=\"https:\/\/revue-traverse.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/titel_les-nouvelles-femmes-de-droite-600x983-1-183x300.jpg 183w, https:\/\/revue-traverse.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/titel_les-nouvelles-femmes-de-droite-600x983-1.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 183px) 100vw, 183px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">La couverture du livre, via <a href=\"https:\/\/horsdatteinte.org\/livre\/les-nouvelles-femmes-de-droite\/\">https:\/\/horsdatteinte.org\/livre\/les-nouvelles-femmes-de-droite\/<\/a><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Directrice de recherche en sciences politiques au CNRS (Centre Emile Durkheim, Sciences Po Bordeaux), la socio-historienne et politiste <a href=\"https:\/\/www.centreemiledurkheim.fr\/membre\/magali-della-sudda\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Magali Della Sudda<\/a> nous offre, avec son dernier ouvrage\u00a0<em>Les nouvelles femmes de droite<\/em>, des clefs de lecture cruciales pour saisir l\u2019essor de l\u2019extr\u00eame droite f\u00e9minine fran\u00e7aise de la derni\u00e8re d\u00e9cennie.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Bas\u00e9 sur une enqu\u00eate sociologique de longue haleine (2014\u20132020) men\u00e9e \u00e0 visage d\u00e9couvert aupr\u00e8s de collectifs et de leurs porte-paroles, l\u2019ouvrage s\u2019appuie sur un riche corpus: entretiens approfondis, informatifs, ou informels; mat\u00e9riau ethnographique \u00e0 la suite d\u2019observations de terrain; m\u00e9dias en ligne, radiophoniques et t\u00e9l\u00e9visuels.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces groupes \u2013 de courants \u00abnationalistes, identitaires ou \u00e9colo-conservateurs\u00bb (256) \u2013 forment alliances ou oppositions, et varient dans leurs modalit\u00e9s d\u2019actions. Plusieurs points communs les unissent: la majorit\u00e9 assume la compl\u00e9mentarit\u00e9 des sexes, les revendications se font au nom du f\u00e9minisme tout en se positionnant contre celui-ci, ils diff\u00e8rent par rapport aux g\u00e9n\u00e9rations qui les ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s dans leur mode d\u2019action, leur<s>&nbsp;<\/s>sociologie et le rapport \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9. Ils partagent \u00e9galement une opposition \u00e0 l\u2019acc\u00e8s aux techniques reproductives et l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019avortement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Partant de deux hypoth\u00e8ses \u2013 la r\u00e9activation des r\u00e9seaux conservateurs dormants faisant front commun face aux lois progressistes vot\u00e9es entre 2017\u20132021 et la crise \u00e9cologique qui viendrait nourrir le discours essentialiste et naturaliste de ces milieux \u2013, l\u2019autrice s\u2019interroge sur les mani\u00e8res dont ces groupes de femmes ont \u00e9merg\u00e9 et gagn\u00e9 en visibilit\u00e9 dans l\u2019espace public; ainsi que sur leurs divergences internes. La sp\u00e9cialiste d\u00e9finit ces \u00abnouvelles femmes de droite\u00bb comme: \u00abdes personnes de sexe f\u00e9minin engag\u00e9es dans des organisations ayant un projet politique conservateur ou restitutionniste oppos\u00e9 aux f\u00e9ministes contemporaines et aux politiques d\u2019\u00e9galit\u00e9 de genre, adoptant des strat\u00e9gies et des r\u00e9pertoires d\u2019action vari\u00e9s. Cette d\u00e9finition met l\u2019accent sur des valeurs traditionnelles, le refus du projet politique d\u2019\u00e9mancipation fond\u00e9 sur une critique du patriarcat, de la domination masculine et du genre comme syst\u00e8me de hi\u00e9rarchisation binaire, mais aussi sur des modes d\u2019engagements horizontaux, en dehors des marges ou en marge des partis et des groupes politiques.\u00bb (34).<\/p>\n\n\n\n<p>Sous la loupe de la chercheuse, la n\u00e9buleuse des r\u00e9seaux d\u2019extr\u00eame droite est pass\u00e9e au crible fin au fil de six chapitres passionnants.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier chapitre revient sur le r\u00f4le de catalyseur jou\u00e9 par \u00abLa Manif pour tous\u00bb (LMPT) (2012). D\u2019abord nom de l\u2019association organisatrice des premiers cort\u00e8ges oppos\u00e9s au mariage et \u00e0 la filiation pour les couples homosexuels, le terme d\u00e9signe \u00e9galement les 37 associations qui en font partie. LMPT se caract\u00e9rise par une pr\u00e9dominance catholique et une forte pr\u00e9sence f\u00e9minine. Les droites se f\u00e9d\u00e8rent alors autour d\u2019un ennemi commun: les politiques d\u2019\u00e9galit\u00e9 de genre, et les organisations f\u00e9ministes qui les soutiennent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le second chapitre porte sur Les Caryatides (2013\u20132021) dont l\u2019imaginaire politique repose sur un catholicisme int\u00e9griste, le nationalisme et l\u2019h\u00e9ritage europ\u00e9en, illustr\u00e9s par des symboles comme l\u2019orchid\u00e9e blanche, la croix celtique, le patronage de Jeanne d\u2019Arc ou des r\u00e9f\u00e9rences au r\u00e9gime de Vichy. Cet h\u00e9ritage historique nationaliste est revendiqu\u00e9 par les membres qui appellent les femmes \u00e0 sortir de la sph\u00e8re domestique pour agir dans l\u2019espace public face \u00e0 ceux qu\u2019elles consid\u00e8rent comme leurs ennemis (lobbies cosmopolites, f\u00e9ministes et LGBT) et d\u00e9fendre un projet antilib\u00e9ral et autoritaire d\u2019\u00abune France catholique \u00e0 la population homog\u00e8ne et blanche\u00bb (90), o\u00f9 la division sexu\u00e9e du travail militant est marqu\u00e9e par une hi\u00e9rarchie de genre assum\u00e9e. La chercheuse fait des parall\u00e8les avec des ligues catholiques f\u00e9minines ou royalistes qui les pr\u00e9c\u00e8dent au fil du vingti\u00e8me si\u00e8cle, un autre de ses excellents champs de sp\u00e9cialisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les femmes de droite se revendiquant antif\u00e9ministes \u00e0 l\u2019image des Caryatides restent marginales. La grande force de l\u2019ouvrage r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans l\u2019analyse des discours employ\u00e9s pour qualifier les engagements de ces femmes contre l\u2019\u00e9galit\u00e9 de genre et les f\u00e9ministes, tout en s\u2019inscrivant paradoxalement dans une r\u00e9appropriation du f\u00e9minisme. Les chapitres suivants qui explorent f\u00e9monationalismes contemporains, militantes identitaires, politique pr\u00e9figurative restitutionniste des Antigones, et \u00e9cof\u00e9minisme conservateur du f\u00e9minisme int\u00e9gral reviennent notamment sur les six collectifs (Cercle Fraternit\u00e9 Collectif alterf\u00e9ministe&nbsp;; Belle et Rebelle, N\u00e9m\u00e9sis, Antigones, Revue&nbsp;<em>Limite<\/em>) et figures embl\u00e9matiques (Tha\u00efs d\u2019Escufon, Eug\u00e9nie Basti\u00e9, Marianne Durano, Virginie Vota, Solveig Mineo et Gabrielle Cluzel) par rapport au f\u00e9minisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le parti pris de la d\u00e9marche compr\u00e9hensive \u2013 au sens de \u00abcomprendre les faits sociaux\u00bb (41) \u2013 est ici aussi fondamental que r\u00e9alis\u00e9 avec brio. Partant des termes mobilis\u00e9s par son terrain, l\u2019autrice analyse avec finesse leurs r\u00e9pertoires d\u2019action, leurs d\u00e9saccords, leurs contradictions, et les effets de leur rh\u00e9torique r\u00e9actionnaire. Celles et ceux qui auraient \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9s par la photographie des politiciens UDC Jean-Luc Addor et Marco Chiesa posant tout sourire aux c\u00f4t\u00e9s des repr\u00e9sentantes du collectif N\u00e9m\u00e9sis Suisse sous la coupole f\u00e9d\u00e9rale \u00e0 Berne en 2023 en apprendront davantage sur l\u2019origine, le caract\u00e8re islamophobe et la lecture raciste des violences sexuelles de ce groupe (150\u2013166). Le concept de \u00abrestitutionnisme\u00bb de Dani\u00e8le Hervieu-L\u00e9ger est particuli\u00e8rement \u00e9clairante pour saisir l\u2019articulation de l\u2019argumentaire des milieux \u00e9cologistes alliant nostalgie d\u2019un pass\u00e9 et anticapitalisme, tout comme celui de \u00abrh\u00e9torique r\u00e9actionnaire\u00bb de Albert Hirschman pour comprendre le m\u00e9canisme de retournement d\u2019un argumentaire progressiste afin de d\u00e9fendre un projet politique conservateur.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9dig\u00e9 dans une prose fluide et concise, l\u2019ouvrage offre un panorama&nbsp;pr\u00e9cis, rigoureux et synth\u00e9tique de ces r\u00e9seaux, malgr\u00e9 une impressionnante diversit\u00e9 de protagonistes secondaires.<br>Les outils annexes (sigles, index, tableaux, mais surtout&nbsp;douze pages de d\u00e9finitions plac\u00e9es en d\u00e9but d\u2019ouvrage pour saisir l\u2019origine et le sens de termes employ\u00e9s par ses protagonistes avec des termes comme \u00abalterf\u00e9minisme\u00bb, \u00abf\u00e9minisme int\u00e9gral\u00bb, \u00abf\u00e9monationalisme\u00bb) facilitent la lecture.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La complexit\u00e9 des positionnements crois\u00e9s ici souligne d\u2019une part le danger de sous-estimer l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne; combien il serait r\u00e9ducteur d\u2019autre part, de voir en l\u2019utilisation du terme f\u00e9minisme une simple strat\u00e9gie de r\u00e9appropriation (254).&nbsp;Puisse sa m\u00e9thodologie, qu\u2019elle&nbsp;pr\u00e9sente sous le titre de \u00abplaidoyer pour le genre comme outils d\u2019analyse et des m\u00e9thodes mixtes\u00bb (38) faire \u00e9cole.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le lectorat peut regretter une conclusion succincte et un acc\u00e8s limit\u00e9 au riche corpus mobilis\u00e9 (\u00e0 l\u2019image de la reproduction du \u00abmanuel \u00e0 l\u2019usage d\u2019une militante nationaliste\u00bb, 94\u201396), il&nbsp;est probable qu\u2019il s\u2019agisse l\u00e0 d\u2019un choix s\u00e9lectif n\u00e9cessaire s\u2019inscrivant dans la d\u00e9marche de rendre un travail acad\u00e9mique accessible \u00e0 un public plus large qu\u2019il faut saluer, allant de pair avec un format restreint, des r\u00e9f\u00e9rences cibl\u00e9es, le choix d\u2019une maison d\u2019\u00e9dition engag\u00e9e ou encore un visuel particuli\u00e8rement graphique pour la couverture.<\/p>\n\n\n\n<p>Par son \u00e9clairage in\u00e9dit sur des questions d\u2019actualit\u00e9, des r\u00e9seaux complexes m\u00e9connus, l\u2019autrice propose ici des perspectives novatrices, des r\u00e9sultats synth\u00e9tiques et des analyses stimulantes venant enrichir consid\u00e9rablement les travaux acad\u00e9miques sur un champ de recherche encore trop peu explor\u00e9 dans l\u2019espace francophone. L\u2019analyse des nouvelles femmes de droite rel\u00e8ve d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 politique et soci\u00e9tale pour celles et ceux qui d\u00e9fendent une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique et \u00e9galitaire face \u00e0 des tentatives de r\u00e9gression sociale et id\u00e9ologique. \u00c0 l\u2019heure de la mont\u00e9e des fascismes, Magali Della Sudda livre ainsi un manuel scientifique concis et percutant qui fera date dans le d\u00e9cryptage de l\u2019extr\u00eame droite f\u00e9minine.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 mettre imp\u00e9rativement entre toutes les mains.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Audrey Bonvin, in traverse 2025\/3: Antifeminismen \/ Antif\u00e9minismes Directrice de recherche en sciences politiques au CNRS (Centre Emile Durkheim, Sciences Po Bordeaux), la socio-historienne et politiste Magali Della Sudda nous offre, avec son dernier ouvrage\u00a0Les nouvelles femmes de droite, des clefs de lecture cruciales pour saisir l\u2019essor de l\u2019extr\u00eame droite f\u00e9minine fran\u00e7aise de la derni\u00e8re [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"tags":[],"class_list":["post-9688","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revue-traverse.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9688","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revue-traverse.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revue-traverse.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-traverse.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-traverse.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9688"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/revue-traverse.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9688\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9691,"href":"https:\/\/revue-traverse.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9688\/revisions\/9691"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revue-traverse.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9688"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-traverse.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9688"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}