Silvia Arlettaz

La Grève générale et l’immigration de guerre.

Au lendemain de la Grève générale, une large frange de l’opinion bourgeoise, ainsi qu’une partie de la gauche nationaliste, condamnent la prétendue «essence étrangère» du mouvement. Elles dénoncent des ordres venus de Moscou ou de Berlin, un parti socialiste sous influence, l’action délétère des «naturalisés» et l’activisme politique des réfugiés militaires. Cet article replace ces réactions dans l’évolution du rapport entre les Suisses et les étrangers et, plus singulièrement, dans l’accueil problématique des immigrés de guerre. Dès la fin de l’année 1916, dans un contexte socio-économique difficile, l’opinion bourgeoise se focalise sur une présence étrangère jugée de plus en plus «indésirable» et dangereuse pour l’ordre et la cohésion de la société nationale. Le soutien apporté par le mouvement ouvrier aux revendications des déserteurs et autres réfractaires exacerbent les tensions. Des campagnes de presse, notamment de la presse bourgeoise lémanique, contribuent à conforter, avec des formulations non dénuées de relents xénophobes et antisémites, une stratégie défensive contre l’Überfremdung. Les options libérales d’avant-guerre en matière de politique migratoire cèdent le pas à des mesures protectionnistes. Avec la Grève générale, l’édification d’un État social s’impose comme une priorité de l’après-guerre. Elle se fera par la mise en œuvre de réformes sociales privilégiant la main-d’œuvre nationale et une politique d’immigration favorisant les étrangers établis.

Paru dans: traverse, 2018/2, p. 193.

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